août 29

« Sans discipulat, on est perdu », déclare un évêque jamaïcain

L’archevêque Howard Gregory avoue qu’après 20 ans d’épiscopat, il regarde toujours les choses en tant que disciple.

Le Très Révérend Howard Gregory est Évêque de la Jamaïque et des Îles Caïmans, et Archevêque de la Province des Antilles. Son entretien avec l’équipe de la Conférence de Lambeth a porté sur le rôle clé du discipulat dans le rapprochement avec les nouvelles générations.

L’archevêque Howard rappelle que c’est la communauté ecclésiale qui l’a élevé et aidé à grandir dans la foi, après avoir perdu ses deux parents à l’âge de 15 ans.
« Je dirais que les premières années de ma vie de disciple ont été vécues dans un contexte familial, mais c’était l’église en tant que famille qui avait la plus forte influence sur ce que signifiait pour moi la vie de disciple. »

« Certaines de mes idées ont été inspirées des propos de l’archevêque Rowan Williams, qui voyait dans la vie de disciple « un état d’existence ». Pour moi, ceci est très important, car il parlait d’une sorte de centralité, non pas de facteurs externes, mais de quelque chose de profond en soi, qui façonne l’identité de chacun, la façon dont il réagit à la vie, aux gens et au monde. Je le vois aussi comme une démarche permanente qui n’a pas de limites. »

« Je crois que, pour beaucoup d’entre nous, ministres ordonnés, il est essentiel de nous rappeler les uns les autres que nous devons évoluer en tant que disciples et pas seulement aider les autres à en faire autant. Et de ma part, je n’ai jamais eu de cesse de penser et d’avancer en tant que disciple. »

Pour l’archevêque Howard, la vie de disciple ne peut avoir lieu qu’au sein d’une communauté. « S’il faut s’y engager, il faut aussi se rattacher à une communauté de foi où l’on est toujours mis au défi, où l’on peut recevoir la Parole, où l’on est entouré et où l’on se soutient les uns les autres. Mais le discipulat implique également la nécessité d’impliquer les autres dans la vie du disciple, il ne suffit pas d’être un disciple pour soi seulement. Il faut participer à l’enseignement des autres. »

« Je pense que nous devons nous concentrer sur le fait que l’église est la communauté au sein de laquelle l’évangile est proclamé et la foi est maintenue… On a certainement besoin de percevoir cette Parole dans un contexte où la communauté pratique fidèlement la bonne foi et, espérons-le, aide les gens à évoluer »

« Dans mon ministère, une partie de mes efforts dans le cadre de ma contribution au processus d’enseignement au sein de la communauté de foi, c’est d’encourager des initiatives comme le programme Alpha. Nous avons, d’ailleurs, un centre de retraite dans lequel nous encourageons des disciples à vivre dans la foi. Mais il existe un autre aspect du discipulat qui implique la participation à ce qui est la quatrième marque de la mission, à savoir le rapprochement, la dimension de service de la foi »

L’archevêque Howard estime que l’attention particulière accordée par la Communion anglicane à la vie de disciple s’est avérée utile, car elle a permis de sensibiliser le diocèse au thème du discipulat. « Dans notre contexte, cela a permis de sensibiliser certains de l’importance du discipulat, de leur évolution, de leur relation avec Dieu, d’avoir un témoignage, car comme je le dis aux congrégations, si vous n’avez pas de témoignage, vous n’avez rien à partager. Ainsi, cela permettrait aux gens de se montrer attentifs et d’aller vers les autres pour les amener à partager l’Évangile, mais aussi à s’engager dans la mission de l’Église. Cette mission qui peut aller de l’aide aux enfants pour leurs frais de scolarité au soutien des personnes âgées »

Qu’en est-il des changements à venir auxquels l’église devra faire face ?

Il a ajouté que le discipulat dans le contexte culturel d’aujourd’hui qui ne cesse d’évoluer soulève toute une série de défis, aussi bien aux Antilles que dans d’autres parties de la Communion.
« La pandémie qui a frappé le monde entier en est un exemple concret des changements à venir, car on commence déjà à envisager de nouvelles normes de vie. Nous nous demandons déjà vers où nous allons – rien de certain. La pandémie de la COVID-19 nous a fait prendre conscience du fait que certaines des vieilles façons de faire les choses ne nous serviront plus à rien. Par exemple, notre passage vers un monde de plus en plus virtualisé nous a freinés en tant que communauté, mais nous assistons également à un changement dans notre compréhension de ce qu’est réellement l’église. Parce que là où les congrégations ne pouvaient pas se réunir physiquement et qu’elles ont eu la possibilité de le faire à distance, on n’est pas vraiment tenté de revenir aux vielles réunions en face à face. Pour moi, ceci est une partie de ces changements à laquelle nous sommes contraints de nous habituer. Et je crois qu’il est impossible de dire que les ministères en ligne sont là que provisoirement. »

« Je crois que l’église du futur se détournera de plus en plus de la vie institutionnelle. Il est d’ailleurs de plus en plus évident que la jeune génération n’est pas aussi attachée aux institutions traditionnelles. Cela ne signifie pas pour autant que les jeunes sont moins spirituels, ou qu’ils ne sont pas intéressés par la religion. Nous devrons donc voir comment nous allons nous adapter à cette réalité. »

« Je crois aussi que nous vivons dans un monde où il y a tant de confusions sur ce qui est vrai, ce qui est factuel ou ce qui est faux. Voilà le monde dans lequel nous serons obligés de vivre… Si vous prenez même le cas de la pandémie de la COVID-19, on pourrait imaginer que le vaccin est quelque chose qui mérite d’être soutenu pour le bien de l’humanité. Mais certaines parties de l’église adhèrent à des théories de conspiration, ce qui empêche les gens de se faire vacciner, chose dont on souffre dans ma région, en ce moment. »

« Nous sommes en train de vivre des périodes de transition sur plusieurs fronts, nous ne pouvons pas y échapper. L’église, dans sa nature institutionnelle, n’aura plus cette même image, même si elle aura toujours une part de place. Mais peut-être que l’église aura davantage de place dans les petits groupes et dans les petites communautés, et que nous devrons inciter les gens à s’engager d’une manière différente. »

« Je pense que l’un des défis que nous devons relever en tant qu’anglicans, c’est de faire en sorte, en tout cas en ce qui me concerne, que notre église se perpétue, parce qu’il y a des papas et des mamans qui auront des enfants. Ces enfants passeront par l’école du dimanche et par la confirmation, qui se marieront et qui continueront naturellement à être anglicans, et qui auront besoin d’une église pour les accompagner. Or, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Nous devons donc accepter d’aller au-delà de ce sentiment de centralité et commencer à nous ouvrir à ce qui se passe actuellement dans le monde. Et c’est là toute l’importance du discipulat, c’est de pouvoir atteindre et enseigner. Car sans cela, nous allons avoir de sérieux problèmes. Et je vois cela, dans ma région, surtout dans les nouveaux projets d’habitation. Si vous avez des milliers de jeunes couples avec autant de jeunes enfants qui vivent dans une communauté où l’Église anglicane n’a pas sa place, vous perdez toute une génération. »


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