octobre 25

Écouter la souffrance des populations locales pour bien comprendre les menaces pesant sur la planète.

Un évêque Māori de Nouvelle-Zélande, le très révérend Te Kītohi Pikaahu, considère que le monde a beaucoup à apprendre des populations autochtones sur la manière de vivre en harmonie avec la nature et de remédier aux problèmes du changement climatique.

Te Kītohi Pikaahu est évêque de Te Tai Tokerau et chef religieux des Mihingares (Maoris anglicans) de la région du Northland et d’Auckland, Nouvelle-Zélande. Il a été prêtre pendant plus de 33 ans, et est évêque depuis 19 ans. À 37 ans, il fut le plus jeune évêque de la Communion anglicane lorsqu’il fut nommé évêque.

L’évêque Pikaahu est l’un des évêques les plus anciens au service aux communautés autochtones de la communauté anglicane et, au cours des six dernières années, il a présidé l’Anglican Indigenous Network au sein de la Communion anglicane, représentant l’Amérique du Nord, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Pacifique. Il dit : « Nous sommes là pour faire entendre la voix des populations autochtones dans les questions liées notamment à la crise climatique. »

Il s’est entretenu avec l’équipe de la Conférence de Lambeth sur les conséquences du changement climatique sur les populations autochtones.

L’évêque Pikaahu dit : « En raison de leur lien direct avec la terre, la mer, les rivières, les plaines, les lacs et les forêts, les populations autochtones sont les plus affectées par les conséquences du changement climatique, car elles dépendent étroitement de la terre pour leur subsistance. Voilà pourquoi, en particulier dans les régions de l’Arctique et du Pacifique, où la montée du niveau des océans est manifeste, nous constatons que de plus en plus de familles se voient forcées de quitter leur terre natale. Cela les amène à être dépossédées de leurs valeurs et pratiques traditionnelles et à se retrouver pratiquement en situation de « réfugiés environnementaux ». Si nous perdons notre lien avec la terre dont nous avons toujours été tributaires, cela devient plus qu’une question d’injustice sur le plan climatique, mais aussi une véritable menace pour notre existence en tant que peuples autochtones. »

Il dit : « Dans la région du Pacifique, l’archipel de Tuvalu est peu à peu englouti par la montée du niveau de l’océan et de plus en plus de gens se réfugient en Nouvelle-Zélande. Ainsi, la majeure partie de la communauté de l’archipel de Tuvalu est en effet établie en Nouvelle-Zélande sans espoir d’y retourner. Un véritable exode des terres natales. Et cela est en train de se produire dans d’autres îles et archipels tels que les îles Tokelau, en particulier dans la région du Pacifique. L’existence des populations autochtones est donc fortement menacée. »

L’évêque ajoute que l’exode des familles qui voient leurs terres disparaître est devenu une question d’identité. « Les habitants de Tuvalu se sont établis en Nouvelle-Zélande et se sont regroupés dans la ville d’Auckland où ils ont formé une nouvelle communauté. Ils tentent tant bien que mal de relever le défi de maintenir leur identité, leur langue et leur culture même en étant loin de leur mère patrie. J’ai vu leur résilience dans leur volonté de conserver leurs valeurs humaines, alors qu’ils vivent non seulement dans un pays étranger, mais aussi dans une terre étrangère pour eux, où ils doivent découvrir de nouvelles façons de subsister. »

Que peut-on apprendre des populations autochtones dans leur façon de prendre soin de l’environnement et de la terre ?

L’évêque Pikaahu croit que les peuples autochtones ont un lien si intime et si particulier avec la terre qui en a fait d’eux les gardiens de l’environnement. « Les populations autochtones n’ont pas cette croyance qui dit que « ceci ou cela m’appartient », elles croient plutôt que « j’appartiens et je ne fais qu’un avec la terre, les rivières ou la mer… c’est là que j’ai appris à vivre et c’est là où je me sens sécurité ». Ainsi, grâce au respect de leurs croyances traditionnelles et de leur vision autochtone, elles ont appris, de génération en génération, à prendre soin de la terre. »

Il dit que leur façon de prendre soin de la terre et des rivières comme on prendrait soin d’une personne est quelque chose dont tout le monde doit s’inspirer. « Leurs croyances ancestrales les amènent à se demander de la position de l’être humain par rapport au monde, à la terre, etc. Ce que nous pouvons apprendre des populations autochtones, c’est que l’être humain a un devoir moral et une responsabilité éthique envers la nature, qu’il s’agisse d’une rivière, d’une montagne ou de plaines, etc. L’humanité a donc beaucoup à apprendre des connaissances des populations autochtones. »

Selon vous, à quel point le monde est-il enclin à écouter la voix des populations autochtones au sujet de notre relation avec l’environnement ?

« Je pense que le monde ne les écoutera réellement que lorsque cette crise se fera sentir de plus près, c’est-à-dire lorsqu’il n’y aura plus d’autres options. Alors, vers quoi nous tournons-nous quand il sera trop tard pour réagir ? Nous ne pouvons pas nous tourner vers la technologie, nous ne pouvons pas simplement adopter de nouveaux modes de vie. Nous devons revenir aux fondements de notre existence qui veulent que si l’on est lié à la nature qui nous entoure, on a une responsabilité envers elle. Et cette responsabilité doit perdurer tant qu’il y aura des générations à venir. »

Quel rôle la jeune génération des populations autochtones peut-elle jouer dans la lutte contre les changements climatiques ?

« La jeune génération autochtone est le signe d’un futur porteur d’espoir pour le monde. Les jeunes n’ont pas de visées cachées. Les jeunes peuvent constater les erreurs des générations antérieures. Les jeunes ont cette vitalité et cette énergie qui les amènent à faire mieux que les générations qui les ont précédés. Il est temps pour la jeune génération de se tourner vers les anciennes traditions et les anciens récits pour connaitre les erreurs commises par l’homme ces 100 ou 200 dernières années et essayer de ne pas les reproduire aujourd’hui. Je vois donc que les jeunes sont les plus à même de porter en eux l’espoir du monde et de l’Église. Ils voient les peuples autochtones et leurs croyances aller au-delà de ce que le monde leur offre aujourd’hui. Ils trouvent l’espoir dans nos traditions, nos récits et, en particulier, dans notre relation avec le reste du monde. »

Quel serait le rôle commun des évêques du monde entier dans la lutte contre la crise climatique ?

L’évêque Pikaahu dit : « Nous, en tant qu’évêques, jouissons d’une grande influence et d’un grand pouvoir. Il est donc de notre devoir d’obliger nos décideurs politiques à respecter leurs engagements et, en tant que communion anglicane, d’être la conscience du monde ».

Il estime que le fait que les évêques venus de régions où vivent encore des populations autochtones partagent leur vécu encouragera l’ensemble de la communauté épiscopale à réunir tous les efforts pour lutter contre la crise climatique. « … et c’est alors que nous pourrons dire à tous les décideurs politiques du monde : « Écoutez ! Si nous ne faisons rien maintenant, il n’y aura peut-être pas d’avenir pour les générations futures ». Si nous faisons tout notre possible pour influencer les gouvernements, nous pourrons alors commencer à inverser le cours des choses. »

L’évêque estime que l’un des moyens de lutter contre le changement climatique serait de réintégrer des modes de vie plus respectueux de l’environnement. Il explique : « Dans le Nord, où je vis, il y a des familles d’agriculteurs qui sont capables de cultiver leurs propres cultures vivrières, il y a aussi ceux qui vont à la mer et qui ramassent des crustacés et des coquillages de manière out à fait responsable. Chacun de nous doit toujours se rappeler qu’il n’est pas seul sur terre, et que le monde n’est pas fait exclusivement pour lui. Je dois toujours me dire que je suis responsable, dans tout ce que je fais, envers mon voisin, envers ceux qui vivent de l’autre côté de la rivière et même envers ceux qui vivent de l’autre côté de l’océan. Et c’est ainsi que nous pourrons vivre de manière plus juste, plus responsable et plus humble… Telles étaient les clés de la vie de nos ancêtres. Et c’est en revenant à ces valeurs et à ces principes que nous pourrons assurer un avenir meilleur pour les générations futures. »


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