octobre 25

Changer l’ADN spirituel de l’Église pour prendre soin de la création

Une coordinatrice des questions écologiques pour l’Église anglicane d’Afrique australe appelle les évêques à prêcher par l’exemple et à se mobiliser pour changer l’ADN spirituel de l’Église en faveur de la protection de la création.

La Révérend Rachel Mash est la coordinatrice des questions écologiques auprès du Green Anglicans, un réseau de défense de l’environnement de l’Église anglicane d’Afrique australe regroupant l’Afrique du Sud, l’Eswatini, le Lesotho, la Namibie, l’Angola et le Mozambique. Elle s’est entretenue avec l’équipe de la Conférence de Lambeth sur ce qui, selon elle, justifie le besoin urgent d’agir contre les problèmes de changement climatique.

« Nos comportements insoucieux et irresponsables envers notre planète auront des conséquences très graves sur l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. La question que nous devons nous poser : allons-nous laisser à nos enfants un monde morne et aride, ou bien un monde dans lequel ils pourront vivre durablement dans un environnement riche et viable ? Nous sommes appelés à prendre soin de la création. Il est important pour nous, en tant que communauté ecclésiale, de ne jamais oublier que le tout premier commandement qui nous fut donné dans la Genèse 2 : 15, voulait que nous travaillions la terre et que nous en prenions soin. »

Comment pensez-vous pouvoir redonner espoir à ceux qui se sentent pris de court par l’ampleur de la crise climatique ?

« Je crois qu’il faut comprendre que si nous restons tributaires des décisions des politiciens, rien ne pourra être fait… Mais si nous travaillons avec les mouvements sociaux, nous pourrons alors faire évoluer les choses. Nous sommes tellement assaillis par tant de questions et de préoccupations que nous avons l’impression de ne rien pouvoir faire. » Selon elle, les gens devraient se renseigner davantage sur les questions climatiques et trouver les voies de changement dans lesquelles ils se sentent le plus capables d’agir.

« Cherchez ce qui vous fait mal au cœur, car c’est là que vous trouverez l’aide de Dieu. Puis, une fois que vous aurez trouvé l’origine du problème, essayez de trouver un groupe de personnes ou un mouvement social avec lequel vous pourrez travailler… Le remède au désespoir, c’est l’action. Et c’est en commençant à agir que l’espoir prendra forme. »

Pourquoi les populations autochtones sont-elles si touchées par la crise climatique et quel rôle joueraient-elles inverser les tendances ?

« Je pense que la première chose que nous devons faire est de déplorer cette situation. Nous devons reconnaître qu’en tant qu’église institutionnelle, nous avons traité les populations autochtones avec beaucoup de mépris. Nous devons aussi reconnaître avec gratitude que les populations autochtones, selon le Fonds mondial pour la Nature, ne représentent que 6 % de la population mondiale et pourtant, elles contribuent à la protection de 80 % des dernières régions de biodiversité encore vierges sur la planète. Voilà pourquoi il faut reconnaître que ces populations sont en première ligne dans le combat contre le changement climatique. Elles vivent dans les zones les plus exposées aux répercussions du changement climatique, et elles dépendent en grande partie directement de la terre pour leur subsistance. Elles voient leurs modes de vie, leurs moyens de subsistance et leurs cultures disparaître peu à peu à mesure qu’elles sont chassées de leurs terres. »

Rachel dit : « Elles sont les plus touchées et elles sont aussi celles qui font le mieux pour protéger la biodiversité dans ces régions. Si nous pouvons apprendre de nos frères et sœurs autochtones, et surtout si nous pouvons faire entendre les voix des autochtones anglicans, nous pourrons trouver un autre moyen de renouer avec la création. »

Selon elle, la question du respect de l’environnement doit aller au-delà d’une simple question secondaire, et doit susciter en chacun de nous une évolution dans son ADN spirituel.

« Ce qui importe pour nous, en tant qu’Église, c’est de changer notre ADN spirituel. L’Église anglicane d’Afrique australe participe depuis neuf ans à la célébration de la « Saison de la création » qui se déroule du 1er septembre au 4 octobre de chaque année. Nous avons cette merveilleuse occasion de nous pencher sur ce que les Écritures nous enseignent au sujet de la création, de prier et de prêcher sur ce thème, de le célébrer et de déplorer notre insouciance à son égard. À mesure que l’Église commence à intégrer la « Saison de la création », on constate que notre ADN spirituel commence à changer, et que des actions s’en suivent. »

Quels sont les changements dont vous avez constaté les prémices ?

« Ce qui se passe actuellement dans l’église en Afrique centrale me semble très encourageant. Les gens commencent peu à peu à envisager de nouvelles façons de changer les choses et de rétablir les écosystèmes. Beaucoup d’évêques encouragent la plantation d’un arbre pour chaque confirmation d’un enfant. Lors d’un enterrement, on plante un arbre en souvenir de la personne décédée. Cela a été, par ailleurs, un véritable réconfort pour les gens pendant la pandémie de la COVID-19, où l’on ne pouvait souvent pas assister aux funérailles. Le fait d’associer nos rites de passage à la plantation d’arbres ne doit pas se limiter à planter des arbres, mais doit aussi assurer leur entretien et leur croissance pour leurs bienfaits à la fois spirituels et écologiques sur le long terme. »

« Un autre exemple que nous avons vécu en Namibie est celui d’une société de forage canadienne qui voulait effectuer des forages dans l’une des régions les plus vierges du monde, le bassin du Congo. Il était extrêmement réjouissant de voir la façon dont les évêques d’Afrique australe se sont mobilisés pour signer une pétition afin de faire cesser ce forage. Cette pétition a immédiatement eu le soutien de nos frères et sœurs évêques et archevêques du Canada, pays d’origine de la société de forage, ReconAfrica. L’affaire avait alors pris une ampleur planétaire. Après que la société de forage ait attaqué en justice un journal local namibien qui avait révélé l’affaire, toutes les autres agences de presse se sont tues de peur d’en subir le même sort. Mais lorsque les évêques ont signé une pétition pour arrêter le forage, c’est devenu un sujet d’actualité. Les agences de presse étaient alors en droit d’écrire des articles sur les évêques anglicans s’opposant aux forages en Namibie sans crainte de poursuites judiciaires. Le plaidoyer peut réellement mettre en lumière beaucoup de problématiques, car la voix de l’Église a toujours un poids et est toujours reconnue pour faire la part des choses. »

Selon vous, comment les évêques de la Communion anglicane devraient-ils poursuivre leurs actions face à la crise climatique ?

Rachel se dit convaincue que les évêques peuvent être des exemples à suivre en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le changement climatique. « Ce qui fait la particularité des évêques en ce sens, c’est que les gens les observent, les regardent et les prennent pour exemple. Lorsqu’un évêque adopte une telle ou telle attitude positive, cela ne passera pas inaperçu pour les autres. Je dis cela en pensant à ceux des évêques qui œuvrent en faveur de la protection de l’environnement. Quand vous les voyez dans les champs planter des papayes, les manches retroussées, travailler la terre avec une bêche, ces images prennent une dimension virale. Parce que l’on se dit : « c’est mon évêque, il plante des papayes, ou il ramasse les déchets dans la rue ». Et c’est là que vous commencez vraiment à changer les gens parce qu’ils se disent : « Oh, si mon évêque le fait, alors moi aussi je devrais le faire ». »

Elle ajoute qu’elle aimerait également que les évêques fassent entendre la voix des jeunes.

« Je pense que les jeunes sont les prophètes de notre époque, car ils sont bien conscients qu’il s’agit là de leur avenir. »

« La jeune génération a la volonté de changer ce monde. Il y a des jeunes qui contestent certaines pratiques des compagnies de combustibles fossiles et qui obtiennent gain de cause. Les jeunes inventent de nouvelles façons de faire les choses en réduisant les émissions de carbone. Il y a aussi de jeunes entrepreneurs qui font des choses remarquablement positives. Et si nous, en tant qu’Église, n’écoutons pas les jeunes à ce tournant de l’histoire, comment voudraient-ils se joindre à cette Église ? »

« C’est une occasion exceptionnelle pour nous, en ces temps-ci, de nous rapprocher des jeunes et de leur montrer que l’Église est avec eux. Nous pouvons faire entendre la voix des jeunes prophètes de notre temps, dans toute la Communion anglicane, afin que le monde puisse les entendre. »

« Cette décennie est la plus déterminante de l’histoire de l’humanité. Certes, ce qui nous attend n’est pas de tout repos, mais les perspectives n’ont jamais été aussi nombreuses. Nos actions peuvent faire une différence sans précédent. »


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